samedi 5 juillet 2014

Depuis Estella, 50 km après Pampelune

Depuis Bordeaux

Nous saluons ce matin le plus vieux chêne de Gironde , 600 ans, et entamons notre étape par des petites routes boisées jusqu'Etampiers. A partir de là, le Conseil départemental de la Gironde a déroulé entre les vignes sur une ancienne voie ferrée un magnifique tapis noir cyclable jusque Blaye .Les panneaux abondent et à certains croisements avec les petites routes nous en avons dénombré 34 ! Nous achetons une baguette et pique-niquons adossés à la mairie de ST Seurin-de-Cursac avant de faire escale dans le petit et propret gîte municipal de ST Martin-Lacaussade.C'est une partie de la maison d'un meunier sise au pied de la petite butte où se dresse encore un pan du moulin.nous achetons au bar-épicerie de quoi nous fristouiller un petit repas. Michel apprend par un texto de Jean-Martin qu'il a gagné son pari: Belgique/Algérie 2/1.


Lever matinal afin de prendre à Blayes le bac de 7h15 pour traverser la Gironde. Nous parcourons rapidement les 3derniers km de la piste cyclable et grimpons la citadelle de Vauban qui avec les forts de l'île Patè et Lamarque formaient le Verrou empêchant d'attaquer Bordeaux.
Une demi-heure paisible à contempler le fleuve, ses îlots et bientôt ses cabanes de pêcheurs dressées sur pilotis au bout d'un embarcadère. Nous partons ensuite sur des chemins empierrés à travers les derniers marais de Gironde protégés: marais d'Arcins et de Soussans...Attaque intempestive de moustiques...Michel se réjouit de traverser le Médoc et ses grands châteaux ... Nous débouchons après deux heures dans les vignes qui mènent à Margaux et y voyons une main d'œuvre colorée attachant les sarments tandis que des petites machines sarclent les allées. Nous longeons la propriété de Jean-Luc Thienpont, un belge propriétaire du vignoble des Quatre Vents. Nous longeons le beau mur de château Margaux et croquons la pomme devant le mur de château Lascombes...Hélas, ensuite plus guère de vignes mais de longs chemins sablonneux dans des landes immenses parsemées d'étangs, des quartiers résidentiels en pleine explosion autour d'Arsac, de Pian-Médoc et de Blanquefort...Des églises blanches au clocher haut et pointu,..Nous avons parcouru 34 km sous un soleil ardent et décidons,perclus de raideurs et de petites douleurs dans les hanches,pieds et genoux, de prendre un bus pour parcourir les cinq derniers km de zones périphériques afin d'atteindre Le Bouscat, commune d'entrée dans l'agglomération de Bordeaux. Une hospitalière et Thierry, "un stagiaire hospitalier"rentré récemment de Santiago et désireux de "rendre tout ce qu'il a reçu sur le chemin" nous accueillent dans le refuge municipal de l'Association installé dans l'ancienne maison du gardien du cimetière. Grande première... Des croix blanches entourent le mur de la courette du gîte où nous pendons notre linge.
L'hospitalière accepte de nous loger deux nuits vu la fatigue et le désir de visiter la ville. Quelques courses, un petit souper,un peu d'Internet et dodo...
Nous profitons de l'avant-midi pour nous lever un peu plus tard et ratisser le sac de tout ce qui ne serait qu'indispensable et pas vital...Trois kilos sont renvoyés. Un bus nous mène ensuite Place des Quinconces,plus grande place d'Europe,d'où nous partons à la découverte du centre historique de Bordeaux,ses quais sur la Garonne bordés de maisons du XVII et XVIIIè, ses Cours aux belles maisons de maître ( vignerons) classiques,ses places arrondies, son quartier du Chartron pittoresque, son Jardin public exotique, ses vitrines luxueuses, sa plus longue rue piétonne Ste Catherine et  ses caves à vin,bars, restaurants envahissant les moindres espaces publiques.
Un bus nous ramène au refuge où une sympathique pèlerine se réveille : "Enchantée, comment ça va? J'm'appelle Laurence"...Elle a débarqué à l'aéroport de Bordeaux en provenance d'Edimbourg après avoir visité avec sa maman  "sa sœur plus vieille qui a eu un petit garçon à Newcastle". Elle habite Joliette près de Montréal,a 22ans et veut aller à Santiago par le chemin côtier. Elle porte 15 kilos et s'est déjà rendu compte que c'était trop: tente,duvet, vêtements...Le grand tri commence et le lendemain, nous l'aidons à ficeler une caisse de 6,3kg de léger bonheur en vue...Direction la poste du Bouscat et puis Bordeaux, la barrière du Médoc, une déambulation jacquaire ponctuée de lieux de mémoire pèlerine: St Seurin,St André, St Pierre , toutes aux voussures du porche décorées des douze apôtres dont St Jacques toujours reconnaissable à son bourdon dirigé vers l'ouest et son large chapeau à la coquille, Porte Caillhau,la Grosse Cloche, rue St James(StJacques en patois aquitain), rue de la Coquille....et puis le marché couvert dans les quartiers populaires. Un vieux marchand d'olives nous demande de prier pour "Charles,Maurice et sa famille" car il ne pourra plus aller à St Jacques...Nous les emportons avec nous comme ses bonnes olives,un peu de sel pour s'hydrater, que nous savourerons sur les marches de la Faculté de pharmacie, place de la Victoire avant de nous éloigner  définitivement de Bordeaux par le Cours de la Libération et autres boulevards qui nous mènent sous le soleil ardent,après 8km de zone urbaine, à Gradignan où nous faisons quelques courses car le site du prieuré de Cayac qui nous héberge se situe à un km du centre. La ville vient de restaurer totalement cet ancien site qui comprenait autrefois une église et un établissement hospitalier du XII et XIII è s. Un buste de St Jacques a été retrouvé derrière les vieux badigeons ainsi que de beaux porches gothiques. L'inauguration est pour bientôt et des comédiens répètent en costumes. Nous occupons le rez-de-chaussée d'un bâtiment du XVIII è et sommes accueillis par le président et un couple de l'Association jacquaire très motivés. Michel part avec l'un d'eux regarder le match France/Suisse dans un club de basket à Pessac-Leognan: 5/2.

Depuis les Landes de Gascogne

 Départ matinal sous la bruine...Nous déjeunons dans un abribus avant d'affronter 26km de lignes droites dans les Landes de Gascogne,plus grande forêt de France,14200km2 de pins maritimes, de chênes, de fougères,de petits ruisseaux à perte de vue...Dans  le passé, un enfer de marécages insalubres parcourus par des brigands détrousseurs de pèlerins, pour nous, six jours de rêveries, de méditation et de nostalgie sur des chemins sans fin parfois franchement déprimants. Le vélo serait le bienvenu!!!

Halte à Le Barp où le code reçu par téléphone à la mairie la veille nous donne accès à une petite maison sociale. Autostop jusqu'au Super U à 6km du bourg pour les courses avec Laurence qui découvre la France et nous fait découvrir son cher Québec, ses coutumes, ses grands lacs et son savoureux accent!

Départ matinal avant la chaleur pour Bellin-Belliet afin de faire les courses avant 12h ce dimanche 22juin car le refuge est perdu dans une clairière des Hautes-Landes, dans une ancienne bergerie restaurée et aménagée par la municipalité à côté d'une  petite église romane du XII è à la tour carrée fortifiée et de deux autres maisons. C'est Mons avec les cigales!!! Nous irons humecter nos yeux à la Fontaine St Clair entourée de petites croix de bois surmontées d'un linge et voir une étrange obélisque surmontée d'une croix où Charlemagne aurait déposé les corps des trois compagnons de Roland.
Belgique/Russie:1/0 nous annoncent Amelie et Jean-Martin par texto tandis que nous dévorons une bonne omelette avec notre québécoise qui a hâte de rejoindre el camino del Norte.Vive le Québec libre!
Gros orage durant la nuit...

Lever matinal,2,5 km le long d'une nationale où vrombissent les lourds camions chargés de fûts de pins et les automobilistes pressés ce lundi 23 juin...Chacun de ces monstres semblent vouloir nous engloutir et d'un écart dans l'accotement herbeux nous tentons d'échapper à la calanque vorace. Nous suivons ensuite une petite piste parallèle à l'autoroute A10 assourdissante. La Voie de Compostelle n'est pas toujours compatible avec la soif de ressourcement paisible dans une campagne idyllique...Une petite route paisible traverse ensuite le petit village désert de Saugnacq où la mère du maire nous rejoint au pied d'un calvaire pour nous décrire les lieux d'antan: là une pharmacie, ici la cure, le tripier, le boucher, le boulanger, l'école, les tuileries, l'église qu'on n'ouvre plus que pour les enterrements, les maisons à vendre, le gîte pour pèlerins et les ateliers-découvertes fermés...Nous traversons l'Eyre, puis la  petite et grande Leyre, des rivières brunâtres dans un lit sablonneux et arrivons enfin, après quelques maigres champs de maïs sur les hauteurs toujours par une route asphaltée, à l'Airial de Lavigne, chez Mr Taris. L'homme, à la belle moustache blanche à la François-Joseph,est surpris de nous voir si tôt mais nous propose de nous conduire à l'épicerie de Moustey et de nous ramener ensuite pendant que ses "esclaves" viendront faire le ménage dans les tipis. ..pour notre québécoise, le tipi des Iroquois...En quelques commentaires, il plante le décor. L'airial est situé dans une clairière et la vie s'y déroulait autrefois de manière autarcique. Le maître qui habitait la grosse demeure en garluche, pierre rougeâtre difforme et boursoufflée prélevée sous le sable,devait être riche pour fournir à ses métayers un train de charrue et attelage,logement dans les quatre ou cinq autres maisons environnantes et les métayers lui devaient la moitié de leurs récoltes sur ses terres et de bois...Tout cela changea avec le Front populaire...Est-ce vraiment si différent?...Nous payons nos impôts à l'Etat...
Des bûcherons viennent aujourd'hui couper ses arbres et pour arrondir ses rentrées, MrTaris propose gîtes, tipis avec cuisine en libre gestion ou camping, location de canoë, équitation,promenade en calèche, visite de sa ferme ...Des colonies de vacances,issues aussi du Front populaire, viennent séjourner l'été.

Les Landes sont pauvres, autrefois parcourues par des troupeaux et des bergers sur des échasses. Les dunes ont été progressivement stabilisées grâce aux semis de pins, aux oyats, thym, ajoncs...à  la fin du XVIII è par l'ingénieur Nicolas Bremontier et les marais asséchés sous Napoléon III par l'ingénieur Jules Chambrelent. L'exploitation  forestière à 95 % privée constitue aujourd'hui la principale richesse.

Dans le village, deux églises romanes face à face: l'une,St Martin, est paroissiale et l'autre est le vestige d'un monastère de l'Ordre de l'Epée rouge destiné à protéger les pèlerins et défendre la région contre les Sarrasins,Tour fortifiée, hourds et épée rouge enfoncée dans le faîte de la nef rappellent cette époque. Une stèle nous indique qu'il nous reste 1000 km à parcourir jusque Compostelle... Ultreïa!!!
Une petite bière chez Le Gascon...C'est le pays des Cadets...
Rencontre plaisante avec un couple de pèlerins venus de Niort avec leur âne O'malley et terminant à l'Airial leur première expérience jacquaire d'un mois.

Nuit fraîche et aérée sous les tipis, conversation tonitruante entre le mâle O'maley et les ânesses indigènes ...
Lever matinal, petites routes, sentes dans les pins, airials plantés de beaux chênes et semés de maisons landaises basses et bergeries ou granges avec fenil en bois, halte boulangerie à Pissos, pique-nique contre un chêne dans l'airial d'Escoursolles...et puis ...la Via Dolorosa: 3km de chemin sablonneux et...8km rectiligne de goudron sans arbres (conséquences des tempêtes de 1999 et 2009) sous un soleil de plomb. Qu'est-ce qu'on est venu faire dans cette galère ...cette pampa aride où les voitures filent avec dédain pour ces trois pèlerins errants anachroniques. Ici, seuls  survivent les lézards et une belle couleuvre.
Jambes et pieds sous contrôle automatique, chapeau et lunettes solaires, esprit ailleurs surtout très occupé ...pour ne pas voir le bitume chaud qui s'allonge encore et encore malgré tous les pas accomplis...Musique canadienne dans les oreilles, je ferme la marche funèbre où se dessinent dans le lointain les silhouettes de Laurence et Michel,
"Dans la trame du chemin,il faut essayer de retrouver le fil de l'existence", David Lebreton dans Éloge de la marche.
Marche vers de meilleurs territoires comme nos ancêtres australopithèques, vers la Terre Promise comme Abraham ou Moïse, quotidienne comme Jésus sur les chemins de Palestine à la rencontre d'un troupeau sans berger ou comme Socrate déambulant dans les rues d'Athènes avec des jeunes en quête de Vérité, en pèlerinage vers Jérusalem -ville de la paix-, vers Benarès, ville sainte, avec Bouddha ou à Rome , Tours, Lourdes et Compostelle vers de grands saints, marche pour l'Indépendance avec Gandhi, pour l'égalité avec Martin Luther King et Mandela, des dix mille pour le communisme avec Mao ou pour la justice en blanc dans les rues de Bruxelles en 1996...départ pour les jeunes chrétiens vers les JMJ à l'appel de Jean-Paul II ou pour les hippies, les soixante-huitards,vers les villages abandonnés du sud, marche sociale depuis Marseille jusque Paris...Émigration, exode, transhumance ...recherche du Paradis perdu, du meilleur des mondes avec Candide...de Dieu, des frères humains citoyens du monde, de la nature intacte et diversifiée, de soi-même ...de tout ça l'un dans l'autre...sur le Camino, sur le chemin de la vie, dans la "douceur angevine après un long voyage" ou dans la culture "de son petit jardin"...

Étranges bourgs où abondent aujourd'hui les salons de coiffure, les ongleries, les instituts de beauté, les centres de tatouages pour humains et de toilettages pour chien, les pharmacies abondent alors que les boulangeries, les épiceries et les églises ferment... Etranges villes, bancs et bus où l'on ne se parle plus que par portable interposé...Étrange évolution qui nous fait sortir des villes en voiture pour faire les courses et mettre les maisons  du centre-ville en vente, qui multiplie les quartiers résidentiels, les autoroutes chargés de poids-lourds alors que les voies  ferrées  et les canaux sont désaffectés ou sous-exploités...

Enfin, La Boheyre...Le passage à la pharmacie pour Laurence qui fait une allergie au soleil, puis le Spar et la boulangerie...Mme Annie, la brave paroissienne de service pour l'Association Arc-en-ciel vient nous cueillir à 17h devant la poste pour nous conduire dans la zone industrielle. À côté de l'entrepôt du Secours catholique et des salles de catéchisme, une chambre,douche,wc est destinée aux pèlerins.
C'est la fête de St Jean-Baptiste, donc du Québec ..."Mon pays,ce n'est pas un pays...c'est l'hiver..." Au programme, Gilles Vigneaut, Félix Leclerc, Georges Dor, R.Charlebois...et des nouveaux comme Fred Pèlerin ...Vive la francophonie...Francofolie...avec une bonne assiette froide et un Rosé des Landes pour fêter les résultats "exkellents" de nos petits...

Au rond-point des Landes, nos chemins se séparent:Laurence va rejoindre Irun et le camino del Norte par le train et nous poursuivons vers le Sud. Embrassades...Merci Laurence pour ta spontanéité, tes fous-rires, ta générosité et ton beau projet d'une vie d'art de la scène, de voyages et de rencontres...Ultreïa, plus loin et plus haut le chemin!

Rebelotte pour 24km de landes: on longe l'A10 pendant 8km encouragés par quelques Klaxons de chauffeurs espagnols, puis large chemin empierré de 5km sous le soleil et final plus boisé agrémenté de jolies bruyères et graminées roses...Quelques clairières avec maisons landaises à colombages et terrasses couvertes bordées d'hortensias bleu-vif ou mauve-foncé....Nous arrivons à 13h30 pour pique-niquer au Camping Le Bienvenu où nous logerons dans un mobilhome.

25km pour Taller sur une petite route de bitume tout d'abord bordée d'un champ de bataille jonché de cadavres, des milliers de souches et de racines de pins sorties de terre au milieu de la savane. Ensuite, bois de pins,passage par Lesperon et son clocher massif fortifié, rencontre d'un pèlerin français qui revient à pied de Compostelle, passage à Kyo du guet sur le petit ruisseau d'Escourion où une borne signale qu'ici  St Louis fit construire un hôpital pour les pèlerins. À Taller, nous trouvons refuge dans un petit local qui jouxte le grand bâtiment de la mairie-école. Trois pèlerins bretons bien joyeux nous rejoignent. Nous partageons les achats au seul bar-épicerie du coin pour souper ensemble sous les platanes de lentilles,ravioli et camembert.
Petit-déjeuner au bar à 7h et départ en direction de Dax...petites routes bitumées et puis très sablonneuses dans les pins, les chênes et les fougères...élevages de poulets en plein air....parc animalier avec familles de cerfs et de bambis...rocade et...multitude de rues qui nous amènent finalement à St Paul-lès-Dax, sa belle église romane et son clocher bulbeux en bois. La clé du refuge qui se trouve en contrebas est au presbytère où nous accueille une paroissienne. Nous rejoignons à pied le centre de Dax, célèbre pour ses eaux thermales aux vertus curatives depuis la plus haute antiquité et bien  valorisées par les Romains comme le montre l'arc surmontant des sources jaillissant à 62 °. Dans la cathédrale Ste Marie aujourd'hui de style baroque après avoir été romane et gothique( il en reste un magnifique portail des apôtres ), nous rencontrons un sympathique chanoine de 82 ans qui nous propose de nous conduire après la messe de 18h15  à 9 km au Berceau de St Vincent-de-Paul que nous avons loupé dans les Landes...Ce lieu situé à Ranquines a été fondé par Napoléon III pour honorer"le plus grand saint" des Landes qu'il aimait...Maison natale, chêne de 800 ans qui a connu ce fils de laboureur, église et bâtiment conventuel, aujourd'hui hospice et maison de retraite...
À notre retour, nous faisons connaissance avec Stephanie, une sympathique québécoise partie de Paris où elle réside depuis 5  ans pour études et travail dans le domaine du cinéma. Elle a lu nos messages dans les livres des gîtes précédents et espérait rencontrer sa compatriote Laurence...Nous lui donnons son adresse mail..elle est heureuse de rencontrer des gens car elle a marché longtemps seule.

Nous déjeunons avec elle avant de partir vers le sud alors que notre québécoise longe l'Adour jusque Bayonne pour filer vers El Camino del Norte.

Après avoir traversé Dax, le paysage change assez rapidement. Les pins disparaissent et le terrain se met à onduler couvert de maïs et de vignes. Pause casse-croute à l'abbaye de Cagnotte où nous retrouvons le couple breton et nous mettons d'accord pour repartir les achats du souper. Nous prenons ensuite une ancienne petite voie ferrée désaffectée à travers champs et bois...qui débouche au sommet d'une colline. Dans le lointain, les sommets bleutés des Pyrénées.Avant de les franchir, il nous reste à jouer saute-mouton sur les monts du Béarn...Les quelques courses indispensables à Perehorade avant de franchir le Gave de Pau et d'atteindre au bout d'une départementale de 5km le village de Sorade-l'abbaye. Le vieux monsieur,responsable du gîte, guette notre arrivée à l'entrée de la petite bastide, tout heureux de nous introduire par la belle porte cochère dans la magnifique grange d'une maison béarnaise convertie en refuge 5 étoiles.
Nous y retrouvons nos trois bretons bien lavés prêts à éplucher les légumes ...repas 5 étoiles dans la bonne humeur entrecoupé par la sortie d'un beau mariage de l'église abbatiale dans un vent soudain bien frais. Découverte des mosaïques médiévales dans le chœur et ensuite répétition d'un concert de Mozart qui se donnera le lendemain et qui est dirigé par  ...Lodéon.

Départ pluvieux et chemin de 20km bien arrosé jusque midi trente. Le refuge dans la petite mairie de Bergeye est ouvert et nous pouvons y réchauffer les pâtes de la veille et boire un bon café. Joel et Catherine poursuivent ensuite le chemin jusqu'à un hôtel à Garris tandis que nous mettons sécher linge, sac, bottines avec Serge autour du petit radiateur électrique. Ensuite, écriture et lecture, sieste pour les hommes. Une charmante villageoise vient s'enquérir de notre bien-être, tamponner notre credenciale, toucher notre cote-part et solliciter le maire pour obtenir l'accès à internet. Une autre jeune villageoise qui fête en famille la confirmation de son fils s'occupe de nous préparer des assiettes de charcuteries ; Anne-Lise et son mari élèvent des porcs gascons et sont bouchers-traiteurs.
Il est souvent malaisé de dormir lorsqu'on change chaque nuit de lit, que la literie est sommaire et que les ronfleurs scient du bois en chœur sur fond de tintement de cloches...
Dormi ou pas, à 6h le réveil sonne et à 7 h 15, nous sommes sur la route où le soleil disperse la brume qui monte de la vallée. Nous traversons la Bidouze à Villenave, admirons sa belle petite église entourée de croix basques discoïdales, franchissons prairies humides et ruisseaux, photographions les grosses maisons blanches aux huisseries sang de bœuf et grands portails en plein-cintre surmontés du nom des propriétaires et de la date (du 16è au19è) de construction gravés dans la pierre.
Petit café à Garris, courses à St Palais et retrouvailles avec nos amis bretons pour boire un verre. Nous pique-niquons à l'entrée du cimetière sous les platanes avant de rejoindre la Croix de Gibraltar, carrefour des voies de Tours, le Puy et Vezelay. C'est donc notre troisième passage et ascension de la côte vers la chapelle ND se Soyarce et son superbe panorama sur le pays basque et les Pyrénées. Nous offrons un petit verre de Pomerol au couple breton qui fête ses 37 ans de mariage...
Redécouverte de la chapelle St Nicolas d'Harambeltz, propriété  de quatre familles héritières des frères donats qui géraient dans ce village un prieuré-hôpital à partir du XII ès pour les pèlerins. Le retable baroque en bois doré, les statues et peintures ont été  entièrement restaurés récemment.
Nous posons le sac dans une petite auberge familiale à Ostabat après avoir discuté de l'étape de demain avec trois belges arrivés par la voie du Puy, de Navarrenx.
France/Nigeria : 2/0

Bière basque chez l'aubergiste au béret basque, fier d'être basque, de parler une des plus anciennes langues d'´Europe mais aussi très ouvert à la diversité des cultures et des hommes qui passent sur le Chemin. Il connaît d'ailleurs nos difficultés communautaires et craint le côté fasciste de certains flamands. Pas de vote FN au pays basque..."on n'a pas besoin de clown pour nous diriger nous, nous savons qui nous sommes".
Souper convivial en compagnie de sympathiques pèlerins arrivant du Puy et même pour  4 d'entre  eux de plus de 75 ans par étape de 12-15 km au rythme de 100 km par an.
Petit déjeuner à 7 h avec des savoyards avant de rejoindre nos amis bretons à  l'auberge Ganeko où nous avions logé deux fois auparavant lorsque nous terminions le chemin du Puy et celui de Vezelay. Nous entonnons le chant du pèlerin avec le propriétaire basque avant de nous remettre en route par un joli chemin enjambant les collines habitées de blondes d'Aquitaine et de moutons manèches. Pause café / yaourt dans une ferme et puis pique-nique avec frites à St Jean le Vieux à la terrasse d'un resto.
Le temps change brusquement lorsque nous atteignons les remparts et la porte St Jacques de St Jean -Pied-de-Port. Nous passons rapidement à l'accueil des pèlerins prendre des informations, puis acheter le guide pour l'Espagne,écrire quelques cartes,poster le guide de la Voie de Tours. Il est 16h et nous entamons le premier raidillon des Pyrénées. Nous poursuivons par la petite route Napoléon bien raide qui a succédé à la Voie romaine Bordeaux-Astorga...voie médiévale aussi de Roland et Charlemagne parcourue par tant de pèlerins depuis des siècles.
Les épingles à cheveux se succèdent sur 8 km sous un ciel de plus en plus menaçant. L'orage éclate avec les grandes eaux et même la grêle nous fouette le visage. La route se transforme en torrent qui inonde nos bottines et nous arrivons entièrement trempés à l'auberge d'Honto. Joel parvient à allumer le petit radiateur mural de notre chambre commune sur lequel on repartit quelques effets tandis que chacun bourre ses chaussures de papier journal. Une bonne douche chaude et un repas convivial pris avec d'autres belges, des italiens et une famille écossaise  achèvent de nous revigorer.
Odeur de fauves dans la chambrée mais Belgique/Russie 2/1...

Pluie et tonnerre toute la nuit ....À 8h30 on se met en route sous la "drache" qui tombe à gros bouillons sur le bitume pour les 22km restants jusque Roncevaux dont 16 d'ascension.Dans  la brume progresse une longue procession de pèlerines colorées gonflées par les sacs à dos..'Ils sont venus du monde entier poser leurs pas sur ce chemin sacré...et détrempé. Les arbres disparaissent et sur les alpages des chevaux, poulains, mouftons manèches et bovins regardent défiler,impassibles, ce troupeau d'humains, Ci et là, dans les fosses, des amas de grêlons rappellent les averses incongrues de la veille...
Au sommet,à 1400 m, près de la fontaine Roland, nous passons en Espagne mais il pleut encore...Pas la peine de penser à manger ici...Encore quelques côtes et nous entamons la longue descente vers l'abbaye où nous rejoignons Serge qui nous a déjà réservé une chambre de  cinq à la Posada. Accueil efficace par des hospitaliers hollandais à la Collegiata pour le tampon et pique-nique au réfectoire. Des centaines de pèlerins y ont déjà trouvé un lit dans les grands dortoirs bien organisés par bloc de quatre couchettes...Visite de l'église, du cloitre et du tombeau de Sancho El fuerte, roi de Navarre et vainqueur des Sarrasins à L'as Navas de Tolosa.

Nous soupons à la Posada avec un couple d'une bonne trentaine d'années venus d'Elsenborn, les belges de Bonlé, deux lilloises et deux coréens. Avant d'aller dormir, nous récupérons notre linge lavé et séché.

Depuis la Navarre

Sur les conseils d'un hospitalier du Bouscat à Bordeaux, j'émets mon souhait de ne pas rater les laudes à l'abbaye. À 5h45, la chambrée est réveillée et habillée pour vivre cette belle expérience. Nous courons sur les froids pavés vers l'église mais trouvons porte close...les hospitaliers hollandais ignorent cette option. Une nouvelle histoire belge...pour les amis bretons.
Les pèlerins sont déjà nombreux à franchir la grande arcade du porche qui conduit au "Camino de Santiago 780 km.".Une troupe de séminaristes québécois encadrés par quatre jeunes dominicains en bure blanche part joyeusement vivre cette belle aventure.
Après un desayuno à la casa Melina, nous nous lançons nous aussi sur ce chemin boisé et balisé de flèches et d'étoiles jaunes en compagnie de solitaires, de couples ou de groupes bavards de tous âges. Le soleil réchauffe rapidement la terre humide et dissipe la brune. Nous allons ainsi nous souhaitant "Buen camino" à travers monts et vallons, traversant jolis villages basques et rivières limpides. Des fleurs champêtres, des bois de feuillus, des ballots de foins, les premiers éclopés déjà, des chants, la récitation du chapelet avec le Québec, l'un d'eux lisant St Thomas d'Aquin à un condisciple, un savoureux déjeuner sur l'herbe, un bon café avec cake à l'anis et graines de tournesol...Une ambiance festive où on dévore les km et grimpe dans la caillasse allègrement. À 16 h, nous décidons de poursuivre de 8 km, à Zabaldika où un coup de fil nous garantit que nous recevrons gîte et couvert dans un Accueil paroissial récent particulièrement cordial. Le déluge s'abat à nouveau sur nous et nous parvenons à parcourir la distance en 1h25. Deux hospitalières nous accueillent chaleureusement dans le refuge situé à côté de l'église dans le haut du village. Une douzaine d'autres pèlerins occupent déjà les lieux et nous nous retrouvons tous autour de la grande table pour partager le repas qu'elles ont préparé.
À 20h30, visite de la petite église romane ...contiguë  avec son magnifique retable baroque rempli de saints colorés avec leurs symboles dont Santiago et St Joseph portant l'enfant Jésus. Temps d'oraison, de chants et de partage animé par deux religieuses du Sacré Cœur, polyglottes et bien qualifiées pour ouvrir à l'esprit du Chemin. Montée au clocher afin de faire tinter une cloche du XII ès.

Lever matutinal et départ dans des vêtements mouillés sous la pluie drue  jusque Pamplona où se préparent les corridas de la San Fermin. Quelques beaux ponts en dos d'âne nous permettent de franchir l'Arga brune et bien gonflée pour atteindre la citadelle et la Porte de France. Nous entrons dans la superbe église St Saturnin et sa Vierge du Chemin avant de quitter à regret nos amis bretons Joël et Catherine,si complices, qui repartent pour Nantes via Irun. Ils poursuivront le Camino l'an prochain...Merci pour ce bout de chemin si convivial!

Avec Serge, nous quittons rapidement la ville en suivant les plots étoilés, grimpons l'Alto del Perdon à 970m avec ses pèlerins en fer forgés qui dominent la plaine sous les éoliennes et, au loin, une dernière vue sur les Pyrénées déjà lointaines...
Nous gagnons l'auberge del Perdon dans le joli bourg d'Urgate sous le soleil bienvenu pour enfin sécher le linge lessivé, les sacs et les bottines. Un bon menu pèlerin partagé entre six francophones clôture une énième journée de marche...
Pourrais-je m'endormir bercée par tant de ronflements????

Hélas, la nuit fut courte et peu réparatrice...Un café au distributeur devant l'auberge close et ensuite nous parcourons un superbe chemin de crête fleuri avec vue sur les collines couronnées de jolis villages en grappe ocre enrobant l'église de pierre.
Bonados annonce Puente la Reina et la rencontre avec le quatrième Chemin venu d'Arles par le Somport et de Montserrat par Huesca et San Juan de la Pena...
Les hospitaliers de Malte et des reines de Navarre ont veillé ici au bien-être des pèlerins en leur procurant hôpital et pont pour franchir l'Arga. De pont en dos d'âne romains et médiévaux, de calle Mayor en portiques mozarabes et de champs d'oliviers ou vignes en palais armoriés, nous croisons maints pèlerins souriants ou en quête de pharmacie pour soulager pieds et genoux. Les moissons sont presque terminées et nous sommes heureux de terminer aussi une belle étape de 30 km sous un soleil ardent olé olé...à Estella...dans un gîte municipal bien rempli situé dans la belle calle Rua qui mène à Sans Pedro,superbe église fortifiée du XIIès.
Couvre-feu à 22h...espérons !






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire