Depuis Logrono,capitale du Rioja
Tout s'est finalement très bien passé dans cette Albergue Municipale d'Estella où nous étions une bonne cinquantaine dans notre dortoir du rez-de-chaussée qui donnait sur un patio.
Ces Albergues Municipales sont de véritables institutions installées souvent dans d'anciens refuges ou hôpitaux historiques pour pèlerins. Un ou des hospitaliers nous y accueillent, notent nom, origine, destination prévue, numéro national,âge et tamponnent la crédenciale. Ils vous attribuent ensuite un lit numéroté et vous indiquent l'étage où le trouver, ainsi que les horaires et le local pour les chaussures de marche. En général, le silence est imposé pour 22h et vous devez être partis pour 8h. Douches et wc sont parfois séparés pour les hommes et les femmes, une grande cuisine communautaire est accessible à tous de même qu'un patio où des étendoirs sont couverts de linges sportifs fraîchement lavés. Les pèlerins à pied sont prioritaires mais il y a aussi parfois quelques cyclistes dont ceux en VTT bien musclés. Nous recevons un drap et une taie jetables. Il faut alors trouver une place pour le sac au sol et tenter de sortir son contenu sur peu d'espace soit sur ou sous le lit. Dans le dortoir, certains dorment dès l'arrivée l'après-midi, d'autres s'enduisent de crème après -solaire ou massent pieds et jambes avec des baumes à base d'arnica, de ganterie ou d'autres plantes parfumées. Un code wifi donne parfois accès à internet mais dans un cadre restreint proche du bureau d'accueil où s'agglutinent alors les internautes. Des distributeurs proposent boissons, pommes, barres de céréales mais aussi compeed, pommades Neutrogena ou Eucerin pour les pieds. Dans la cuisine, certains mangent en solitaire un gobelet de pâtes à réhydrater ou réchauffer tandis que d'autres préparent de grandes marmites de légumes avec des pâtes ou du riz ou même des crêpes. Tous ces jeunes rient et se débrouillent très bien pour communiquer entre eux.Normalement, le silence est respecté sauf par les ronfleurs,parfois atrocement bruyants et nombreux. À partir de 4h30, certains se mettent déjà en route en rassemblant leurs effets dans la pénombre assortie du froissement des sacs en plastique et les départs se succèdent si bien qu'à 6h quand nous nous levons, sanitaires et cuisine sont quasi libres, les étagères à bottines vides et à 7h, dans les rues calmes nous suivons de loin le gros du peloton. Un petit stress...N'avons-nous rien oublié du contenu répandu, rassemblé à la hâte dans un demi-sommeil et pourtant si...vital?
Après avoir passé la porte fortifiée, nous gagnons les nouveaux quartiers d'immeubles, les rues bétonnées et finalement les chemins empierrés ou de terre guidés par une signalisation qui ne laisse pas de place au doute...paysage de collines magnifiquement cultivées dans leur partie basse et laissées sauvages sur les hauteurs rocheuses bombées. Fontaine à vin aujourd'hui payante à Irache près de l'abbaye.
Perchée sur une colline, voila Villamayor de Montjardin et sa petite église romane San Andres où un vieux paroissien de garde s'empresse d'allumer les spots pour illuminer une croix en argent du XIIès et de jolies statues. Il se fait un plaisir de nous appliquer son tampon et de signaler la présence d'un livre d'or...Vignes et champs de blés dorés en cascade mais guère de place pour se poser...Un couple a installé sur un triangle herbeux des tables et des chaises à proximité de sa camionnette et ils vendent boissons, tortllas et bocadillos dans la nature. Nous y retrouvons Serge qui a pris un chemin sur l'autre versant. Pique-nique arrosé de jus d'orange frais.
.À Los Arcos, nous sommes heureux d'être bien accueillis dans l'Albergue privée de la Abuela. Les chambrées sont plus petites, les sanitaires spacieux et propres et le propriétaire peut s'occuper de laver et sécher le linge. Les hirondelles volent de plus en plus bas. Notre projet de rejoindre la piscine est brusquement brisé par un pluie orageuse abondante.Dans la chambre de 6, nous faisons la connaissance d'Alain Barberan 67 ans, arrivé de chez lui, de Montpellier , par le chemin d'Arles, via le Col du Somport et Puenta la Reina.
La petite ville fut autrefois disputée entre deux frères belliqueux et devint une enclave castillane en Navarre. La grande église romane de l'Assomption contient des retables baroques dorés somptueux et exubérants et le transept est surmonté d'une tour octogonale à coupole et belvédère impressionnants. Un cloitre gothique flamboyant aux fines colonnettes élancées complète l'ensemble. Jolies places anciennes à arcades, maisons anciennes à lourds barreaux et porte cloutée, pavages en galets ou carreaux de grès avec caniveau central, refuges et églises qui bordent le Camino ont bénéficié de larges subsides depuis le classement par l'UNESCO. Les villages vivent grâce au passage des pèlerins en proposant déjeuner, repas avec menu pèlerin entre 9 et 12 euros, boissons,nourritures ...Tout est affiché dans toutes les langues, même en coréen !
Après un copieux petit-déjeuner préparé par l'hôtesse pour 6h30, nous reprenons la route avec Serge et Alain vers Logrono. Le rythme est rapide et enjoué bien que le sentier gravisse les coteaux où quelques vignerons élaguent déjà les sarments appesantis par de belles grappes.
Tout au long du chemin, nous échangeons des "Holà, Buen camino" avec des paysans, des villageois et des pèlerins que nous finissons par identifier: les quatre Norvégiens, le jeune lituanien, des américaines tatouées, le groupe de Croates avec son aveugle, l'irlandais, le professeur d'anglais à Solvay, les deux hongroises, les allemands venus de Ulm et l'autrichien de Vienne, les coréens qui boitent, la grand-mère anglaise avec ses petits-enfants de 11 et 9 ans venus du Canada, la photographe Céline avec son fils de 7 ans, Santiago, décidé à vivre ce parcours initiatique que sa maman publiera aux éditions de La Martinière au printemps prochain...Ils font de belles étapes tous les deux en conversant et absorbant toutes les richesses naturelles, humaines, culturelles et spirituelles du Camino. Céline parcourt le chemin depuis une douzaine d'années et parle parfaitement l'espagnol.
Beaucoup ont noué les chaussures sur le sac pour adopter les sandales. Couchés dans l'herbe ou sur les bancs, ils se massent mutuellement les pieds, les mollets ou se collent des compeeds. Les genouillères et les bas de contention semblent soulager certains tandis que les Asiatiques marchent totalement emmitouflés avec gants et grands chapeaux pour se protéger du soleil. Dans chaque village traversé, nous croisons nos compagnons de route attablés aux petite terrasses ou savourant une banane. Ce fruit semble être le plus apprécié...Serge en fait une grande consommation et cela lui met le turbo dans les côtes...
Halte agréable à Viana, belle bastide fortifiée., pour prendre un café et visiter l'imposante église San Pedro...Alain décidé de poursuivre avec nous pour les 11 km restants.
Au détour du chemin, à hauteur de l'église de la Virgen de las Cuevas, une jeune dame nous appelle pour nous offrir un petit verre de vin rouge du Rioja, des toasts au jamon,queso et chorizo de la région. Nous en profitons pour déballer nos provisions sur les tables de pierre ...Quelle belle surprise de plus sur un Chemin où le pèlerin est salué, honoré, respecté et encouragé tout au long de son périple aussi bien dans les champs que dans les villages et les grandes villes. Muchas gracias, senora!.
Après 32 km, nous atteignons la capitale et ville d'entrée du Rioja, plus petite région autonome d'Espagne, Logrono. Nous nous installons dans l'Albergue municipale située dans un ancien palais du XVII è modernisé. Dortoir au second où quelques ronfleurs sont déjà assoupis l'après-midi. Nous soufflons quelques instants avant de découvrir cette jolie ville aux trois imposantes églises dont celle de Santiago surmontée d'un impressionnant Matamore dans une niche et les façades de hautes maisons éclairées par des oriels, vastes bow-windows. Le soir, nous mangeons des tapas marines avec vin blanc de la Rioja dans un bar en regardant la corrida de Pamplona sur écran TV commenté par Alain. La nuit est animée des ronflements tonitruants d'un jeune québécois surpassant en décibels tous les autres du dortoir...
Il nous faudra bien le petit-déjeuner turc programmé par notre Montpellerien pour affronter les 30 km vers Najera après une telle insomnie.
Nous passons à proximité de Clavijo où les chrétiens l'emportèrent sur les Sarrasins aidés par une vision de St Jacques monté sur un cheval blanc et près du monastère de San Martin où l'évêque Godescalc du Puy découvrit pour la première fois en Europe les chiffres arabes dont le zéro en 950.
À l'entrée de Navarette, les ruines du XII è de l'Hôpital San Juan d'Acre construit pour les pèlerins.
La sortie de la ville Logrono est rapide grâce à un parcours dans le parc de la Granjera aménagé pour les promeneurs autour d'un vaste étang drainant les eaux de cette zone autrefois marécageuse. La piste ondule ensuite dans le vignoble évitant de longer la Nationale sur le tracé historique. La petite cité jacquaire de Najera se blottit au pied de falaises rougeâtres le long du Rio Najerilla. Nous déposons nos sacs à l' Albergue Judaïca . Surprise à nouveau lorsque nous pénétrons dans le Monastère de Santa Maria la Real avec son église qui pénètre dans la grotte où se réfugièrent le faucon poursuivant la perdrix chassée par Don Garcia. Il les retrouva en paix au pied d'une statue de la Vierge à l'enfant entourée d'une cloche et de lys et décida avec son épouse Estefania de fonder un monastère benedictin. L'église abrite aussi un panthéon des tombeaux des rois de Navarre, de la Rioja et du Pays Basque du xv au XVè dont celui très èmouvant de Doña Blanca de Navarre décédée en couches à 18ans en 1176. Le cloitre de style plateresque est sublimé éclairé par les rayons du soleil jouant avec ses multiples arabesques."Sur le chemin, sois aimable, doux et humble" St François."Le chemin, accepte-le, aime-le, va toujours plus loin. Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d'un pas ferme.St Augustin."Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie", Jésus.
Vignes et cultures céréalières, tracteurs et vieux village d' Azofra et puis soudain superbe golf et nouvelle cité fantôme de Ciruena avec piscine, plaine de jeux et terrain de mini-foot..."Spain, a country with empty houses and people without houses" avions-nous lu sur une borne.
Santo-Domingo de la Calzada (de la chaussée ) est aussi une étape chargée de légendes, d'art et d'histoires saintes.
Une hospitalière énergique et prévenante nous attribue des lits au deuxième étage de la vieille maison du chapelain de l'Abbaye cistercienne du XII è transformée en refugio por peregrinos. Une religieuse viendra contrôler les arrivées.
Le petit musée nous raconte la vie de ce saint protecteur des pèlerins et premier ingénieur des ponts et routes et hôpitaux (pour pèlerins évidemment) à partir de 1044 ému par leurs souffrances. Sa cathédrale romane foisonne de chapelles gothiques, s'orne d'un maître-autel Renaissance, d'un cloitre flamboyant et d'une tour baroque que nous escaladons pour découvrir les toits cuivrés et la plaine ocre cernée par la Sierra de la Demanda et d'autres collines lointaines. Le plus étonnant est de découvrir un coq et une poule blancs évoquants la légende du Pendu dépendu dans un poulailler derrière une grille ouvragée face à l'escalier qui descend à la crypte où se trouve le sarcophage du saint fêté en mai par une belle procession.
Nous nous faisons à souper dans la cuisine près de l'antique cheminée où une belle flambée est la bienvenue en ce début juillet très frais...Serge à prolongé l'étape.
À 6h, Alain est déjà au fourneau pour nous préparer une tortilla avec les pdt proposées la veille par une charmante jeune américaine diplômée en français. Nous pouvons attaquer le chemin qui nous mènera à Belorado à travers les cultures de blé et d'orge. Les vignes ont disparu et le camaïeu miel ambré envahit le paysage où se fondent les petits villages ocres. Le soleil en jouant avec les nuages y répand des ombres chinoises éphémères.
Le chemin finit par longer la N20 et les chauffeurs en klaxonnant nous souhaitent aussi "Buen camino!".
Nous passons devant la façade de l'église Santa Maria de Belorado surmontée de quatre nids de cigognes dont l'un pèse plus d'une tonne et demi. Les cigogneaux ne sont pas encore aptes à voler car leur queue n'a pas atteint la longueur des ailes, nous explique l'hospitaliser suisse du gîte qui jouxte l'église. Un jacquet suisse a vu, il y a 12 ans, cet entier petit théâtre paroissial en ruine et s'est proposé avec l'Association jacquaire suisse de l'aménager en refuge et d'y organiser un accueil grâce à des hospitaliers suisses qui se relaient tous les 15 jours...Chapeau!...et merci pour le morceau de Tobleron donativo pour les pauvres du village aidés ainsi par le curé.
Sur la belle place arrondie et ombragée bordée d'arcades, nous retrouvons notre petit Santiago avec un beau cornet de crème glacée qui lui permettra de marcher encore une heure de plus jusque Tosantos alors que nous décidons de poser les sacs dans l'Albergue Cuatro Cantones où nous profiterons d'une petite piscine avant de déguster un bon menu del peregrino. Pas de couvertures pour tous les pèlerins du troisième étage sous les toits...Malgré la polaire, le froid me glacera les os et me tiendra éveillée et crispée une bonne partie de la nuit.
Dormir, manger, marcher...la ritournelle du pèlerin...Pas dormir mais manger pour pouvoir marcher...La marche est devenue pour nous tellement coutumière que notre corps démarre de plus en plus docilement pour atteindre une vitesse de croisière croissante.
Petite halte dans un routier à Villafranca...avant un long tronçon désert. Les jambons, les saucissons, la tortilla et les oranges...Viva l'Espana!
Santiago est déjà sur le chemin le bâton posé sur la main, le front...comme le lui a montré Michel. Il a fait avec sa maman une belle étape communautaire et chrétienne à l'ermitage de Tosantos. Il téléphone à son petit frère de 20 mois, Leandro, qui est resté avec papa...
Nous passons par paliers successifs de 770m à 1150 m, des champs de blé en premier partie aux Montes de la Oca couvertes de fougères, bruyères violettes, chênes -lièges et pins. Le chemin est tantôt blanc comme dans les Landes tantôt rougeâtre . Une stèle signale la présence d'une fosse commune de républicains de 1923 découverte en 2008.À deux reprises, des dames nous offrent café et fruits malgré la bruine intermittente et la fraîcheur. Le pèlerin est soigné comme un prince...Gracias..."el turista exige, el peregrino agradece"
Émerveillement à San Juan de Ortega où l'église romane conçue par le saint et contenant son sarcophage du XIè séduit par sa simplicité, ses chapiteaux historiés et ses baies cintrées à multiples voussures. À côté de l'église, un gîte pour pèlerins et une petite auberge dans les anciens bâtiments monastiques complètent le tableau de la clairière. La sente à travers bois se poursuit encore sur 3,5 km avant de rejoindre le petit bourg d'Arges où nous ferons halte à l'Albergue San Rafael dans une chambre de quatre. Michel,le"chef" file en éclaireur. Nous suivons de loin,Alain et moi, en perfectionnant notre espagnol.
L'homme au teint sombre est sorti du bois puis nous a emboité le pas sur le Chemin en jouant de la flûte. Peu à peu, il nous a rattrapé et on l'a félicité de ses accords. "On a pris langue " avec lui tantôt en espagnol tantôt en français car il était venu faire les vendanges à Béziers il y a quelques années. Nous l'interrogeons...Il vient de Salamanca et nous conseille sur le g fuerte et non suave pour prononcer correctement le nom du prochain village.Il nous a alors récité cette belle phrase du poète espagnol Antonio Machado:"Caminante no hay camino. Se hace camino al andar. Pour le cheminant il n'y a pas un Chemin mais le Chemin se fait en avançant ".
Partis faire le tour du petit village, Michel et Alain reviennent hilares avec un morceau du meilleur fromage espagnol qu'on se dispute à Madrid et qu'ils ont acheté à l'unique bar-tienda du coin 8 euros séduits par la gorge déployée de la tenancière, une maîtresse-femme...
Pour nous servir notre paella, nous aurons droit au mari de la patronne, le Sergent Garcia à la belle bedaine.
"Rodrigue, as-tu du cœur?"...depuis Burgos, cité du Cid.
Le petit-déjeuner est devoré à la fraîche devant l'Albergue car les propriétaires n'ont pas encore ouvert la salle à manger. Nous traversons Atapuerca endormi ce samedi 11juillet à 7h du matin et escaladons .........''dans la roche. Au sommet une énorme croix et plus loin au bout de la large vallée Burgos se dessine avec sa zone industrielle et sa vieille ville. Il nous reste 15 km de traversée de petits villages, de nationales et de quartiers périurbains de grands immeubles en briques. L'entrée dans le cœur de la ville en traversant les rives verdoyantes de.....et le vieux porche nous enchante après 28 km de marche continue. Des personnes bien chics en tenue habillées annoncent un mariage. Effectivement, une jolie mariée sort de la cathédrale dans un tourbillon de pétales brillants. L'Albergue municipale cache derrière une belle façade ancienne quatre étages de dortoirs fonctionnels et anonymes: lits superposés par groupes de 4 dans des box séparés. Au rez-de-chaussée, une salle commune avec un micro-onde, un évier et quelques distributeurs ...Pas d'Internet..Mais, nous sommes derrière la cathédrale, au cœur du centre historique et après la douche, nous partons dîner sur une petite place à l'arrière de la cathédrale avant de la visiter avec un audio guide. Des chapelles rayonnantes remplies de retables, de gisants d'albâtre et de statues polychromes et surtout des tours et des arcs rayonnants et flamboyants marqués par les prouesses architecturales de la Renaissance en forme de pétales percés de verrières. Au centre du chœur, la pierre tombale du Cid et de Jimenez...Une sacristie décorée à l'époque Rococo avec sa coupole ovale et son abondance d'angelots manifeste cette Horror vacuis caractéristique . Deux cloîtres superposés complètent cette gigantesque dentelle de pierres blanches ...
Lorsque nous sortons, tous les magasins sont déjà fermés. C'est pourtant l'heure du Paseo et les jolies espagnoles se promènent bien élégantes en famille ou boivent un verre avec des copines aux terrasses. Les jeunes papas poussent fièrement leurs rejetons endimanchés. Un pâtisserie ouverte nous permet d'acheter le déjeuner. Heureusement, Alain s'est rendu Alcampo pour se procurer des salades et un melon blanc pour souper à l'Albergue. Devant la cathédrale, Mercedes et Rolls-Royce anciennes embarquent encore de jolies mariées en robe bustier.
Nous suivons la messe suivie de la bénédiction du pèlerin avant de rejoindre Alain. ..Quel chemin sommes-nous pour faire fructifier la Semence, la Parole? Quel lien entretenons-nous avec Le Semeur qui la jette à la volée ?
Ce dimanche 13, nous quittons Burgos en dévalant les rues pavées pour traverser le Rio Arlanzon construit par San Domingo et rejoindre le parc du quartier universitaire et sportif. Progressivement, les arbres s'espacent et des déviations dues à des travaux routiers nous allongent l'étape de 3 km avant de retrouver Serge à Tardajos où se trouvent aussi Céline et Santiago, tous bien reposés...Cette fois, la Meseta , ce vaste plateau à 900 m d'altitude qui s'étend de Burgos à Léon jusque Madrid, s'annonce dans toute sa beauté épurée et âpre. Ces cinq jours de désert doivent donner naissance à un homme nouveau...C'est l'épreuve du feu qui purifie corps, cœur et esprit en libérant des énergies cachées. Les villages traversés, de pierre et plus loin de torchis ocres, apparaissent comme de véritables oasis et parfois même des mirages écrasés de soleil. Toujours des cigognes, comme des sentinelles, montent la garde perchées sur leur nid posé sur les clochers et des nuages de martinets tourbillonnent et piaillent.Des anciens refuges de pierre réhabilités et ouverts l'été près d'un point d'eau comme à San Bol ou San Anton évoquent le temps des attaques de loups et le "feu de Saint-Antoine (erysipète) qui décimaient les pèlerins courageux. Châteaux-forts comme celui de Castrojeriz, églises fortifiées et templières grandes comme des cathédrales dans des petits villages-rues agricoles animés par le seul passage des pèlerins en quête de bars, d'albergues et de desayunos. Les villages vivent de ce defilé continu. On reconnaît des têtes, on pose le sac pour boire un thé en demandant des nouvelles à tous ces cheminants perdus, retrouvés après dix jours parfois...Nous allons tous dans la même direction à des rythmes différents qui ménagent des rencontres improvisées et chaleureuses.
Sommet de Mostelares où on s'assied pour jouir pleinement de la vue sur la plaine immense et dorée. Belle étape dans l'Albergue San Brigitta à Boadillo del Camino où nous fêtons autour d'une belle paella avec nos amis pèlerins nos 38 ans de mariage. Michel est applaudi lorsqu'il chante "La marche nuptiale" de Brassens.
Joyaux romans épurés comme les terres épurées, passage dans la province de Palencia et arrivée devant El Rollo, un pilori du xv è derrière lequel se cache une piscine dans la cour de ferme artistiquement décorée et les bâtiments aménagés en dortoirs pour les pèlerins...Santiago savoure son premier plongeon et nous ne tardons pas à le rejoindre.
La chaleur nous amène à partir à l'aurore en direction de Fromistra (Église San Martin, petite merveille de l'art roman avec sa frise en damier et ses belles têtes humaines et animales ) toujours à travers une mer de blé et puis en longeant le Canal de Castille par le chemin de halage bordé de saules, petit havre de fraîcheur avant d'aborder une piste rectiligne en bordure de la nationale,itinéraire historique recouvert de bitume jusque Carrion de Los Condès.
Nous croisons un berger et son troupeau de mérinos sur un vieux pont de pierre...image bucolique et animée dans ces terres de cultures...
Jaune,blond,doré,jaune,jaune...azul,ciel,azul,azur...marcher,marcher,marcher...Nous sommes à trois, Alain,Christina et moi à distance, après avoir visité l'église des templiers de Villalcazar de Sirga, à nous encourager sporadiquement pour épargner la salive ...6km en une heure de marche cadencée ...ici, tu passes ou tu craques..."C'est hallucinant, tu peux même pas imaginer..."disait Céline.
Le plus bel accueil chez les "adorables" sœurs augustines et leur hospitalier séminariste. Céline nous prépare une superbe salade en organisant notre marche de nuit pour l'étape de 18 km sans accueils ni ombre. Nous nous réveillons à 18 h tirés des bras de Morphée par les chants joyeux de 5 religieuses jeunes, joyeuses et polyglottes...Présentation des pèlerins et chansons porteuses de sens, d'amour, de gratitude...On est retourné par les voix si angéliques et les paroles qui expriment tout ce qu'on porte dans le cœur depuis des semaines...Courses au supermercado pour survivre sous les étoiles, messe et bénédiction personnalisée pour chaque pèlerin sous le regard plein d'amour d'une des religieuse et du prêtre. Malgré les meutes de loups et de chiens errants, nous décidons de partir à 2 h du matin. Les sœurs nous offrent un bon bouillon et nous rassurent...à 18, nous ne craignons rien et puis elles prieront pour nous cette nuit. ..
Beau ciel étoilé et lune blanche pour une bande de pèlerins qui se veulent solidaires face à l'ennemi qui rôde...On serre les dents et on se lance sous le Campus stellae, Michel en tête. Après 2h, on fait une petite pause sur le damier blanc de ballots empaquetés mais il faut repartir avant de tomber endormis...Un des cinq coréens titube, Santiago faiblit, Michel le porte, je prends le sac à dos du petit, le ciel rosit...Courage, l'aube se lève, les oiseaux gazouillent, les loups ont eu peur de nous et la première et seule Albergue pour pèlerins de Calzadilla de la Cueza propose déjà le café pour accompagner notre petit-déjeuner et celui de ceux qui se mettent en route à 6h30....Encore 12 km et nous arrivons à 12h30 à Terradillos de Los Templarios avant "l'Heure de pointe"(dit avec l'accent occitan d'Alain) c.-à-d. avant 14h, heure zénithale à l'Albergue J.de Molay où nous pouvons occuper une chambre de 8 amis...et tenter de survivre dans ce four, affalés sur notre lit ou les pieds dans une bassine...Qui peut vivre dans un climat aussi ingrat, aussi continental et sec dans ces petites maisons de briques et de torchis brunâtres aux rares et étroites ouvertures toujours closes? Chaleur étouffante l'été, gel pétrifiant l'hiver...
Le vent desséchant accompagne notre petit groupe parti à 5h30 vers El Burgo Ranero situé à 30km dans la Province de Leon. Nous buvons un thé à Sahagun...Le style mudéjar des maisons, des églises et petits ermitages en fines briques rougeâtres comme certains lopins de terre labourés rappellent la présence musulmane jusqu'à ce que les Royaumes du Nord chrétiens s'allient au xè s. La province a planté des platanes et des genêts au parfum enivrant et suave tout le long du Camino Réal...fendant l'horizon plat.
Souper "valencien" aux fruits de mer préparé par Hugo qui s'est joint à notre groupe depuis 3 jours: un régal savouré à l'Albergue Laguna en discutant des 315 km à venir et des dernières étapes à vivre jusque Santiago...Notre petit Santiago, Prince Pluma ou Plume d'œuf rêve depuis longtemps lorsque nous rejoignons le dortoir imprégné de répulsifs.
Terre fauve, horizon à 380°, outardes dans les chaumes, campagnols et lézards à profusion et tortillas à Reliegos au petit bar avant d'atteindre les murailles médiévales en galets et la Porte de Castille à Mansilla de las Mulas. Ensuite, le maïs réapparaît avec un réseau important de canalisations qui permettent d'inonder les parcelles encaissées.Notre petit pèlerin au gourdin plumé marche au rythme du
Grand Sachem qui lui donne la main...Un pèlerin marche pied nu sur le sentier caillouteux...Des pèlerins semblent avoir opté pour le vélo dans la Meseta...
Encore quelques petites collines et nous voilà, après 30km, dans le village d'Arcahueja où nous logerons dans une "suite" pour quatre pèlerins avec Alain et Christina...Santiago est heureux de retrouver el Gran Zapato, alias Michou et sa "petite famille" du Camino ainsi qu'une TV avec pour unique programme, des dessins animés!
Demain Leon...
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