Bonjour.
A la veille de reprendre le Chemin, nous ré-activons notre Blog pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de nous suivre....Pour rappel, l'an passé, nous avions marché sur La Via del Norte, de Bayonne à Bilbao.Demain, nous rejoignons Bilbao pour, nous l'espérons, pouvoir marcher jusqu'à Santiago, soit 650 bornes en une trentaine d'étapes.Nous essaierons de vous relater notre pèlerinage, si pas au jour le jour, du moins plusieurs fois par semaine...
Et donc, si vous voulez nous suivre... suivez notre Blog...
Et, pour débuter ce nouveau chapitre de notre Blog, je vous recopie l'article de Thierry Paquot, philosophe à Paris, qui traite des bienfaits de la marche... et de la sieste !
Cet article m'a été refilé par notre fils Thomas.
Ultreïa !
Michel et Marie-Françoise
J e marche donc je suis », une telle affirmation résonne comme une formule donnée en pâture à des lycéens, le jour fatidique du baccalauréat. Oui dira l'un, sans trop y croire, la vélocité de l'esprit dépend du mouvement du corps. Un corps immobile peut-il appréhender le monde, questionnera son voisin, avec plus de conviction, tandis qu'un troisième, plus appliqué, expliquera dans une première partie ce que «marcher» signifie, dans une seconde partie ce qu' «être» veut dire, réservant la troisième à la confrontation des deux termes. C'est pourtant simple, aussi simple que de mettre un pied devant l'autre et ainsi de bouger, se déplacer, marcher!
J'existe, c'est-à-dire je prends conscience du monde qui m'entoure, de mon corps qui s'y déploie, de mon esprit qui le poétise et s'en empare en marchant. J'existe en arpentant le territoire de mes rêves et de mes désirs comme celui de mes activités ordinaires et parfois contraintes. J'apprends, de moi et des autres, par le déplacement. Un petit décalage dans la manière de voir suffit amplement à me révéler ce que j'ignorais. Un détour viendra corroborer une affirmation ou l'invalider. Le corps s'associe l'esprit et inversement afin de mesurer le monde et de s'y mesurer à son tour. Marcher n'est pas un acte vain, inutile, fatigant. Marcher fait «sens», mot entendu dans sa double acception, aussi bien comme «signification» que comme «orientation»...L'idéal consisterait à s'orienter en marchant, c'est-à-dire à se laisser aller, à s'abandonner à la dérive, à l'errance, à l'inattendu. Parfois, pourtant, le randonneur surtout, étudie sérieusement son parcours sur une carte, avant même de partir. Il a besoin de cette répétition statique pour mieux, par la suite, déguster son itinéraire. La carte s'agrandit alors comme par magie et chaque pas devient l'échelle du paysage qu'il balise. Le marcheur est heureux de cette amitié entre lui, son rythme, sa respiration, ses douleurs - ô rapidement dissipées, je vous rassure! - et le chemin, ses bosses, ses cailloux, ses folles herbes et son silence. Entendez-vous le silence, malgré le vent qui s'infiltre dans les sous-bois et les bruits des moteurs qui dorénavant n'épargnent plus aucun territoire, aussi reculé soit-il? Ce silence, si rare pour le citadin, justifie le périple et son effort. Il en est la récompense. La fatigue, non pas seulement musculaire - « la dépense d'énergie» - mais aussi cérébrale, car « marcher, c'est penser», appelle un repos. Celui-ci prend la forme de la sieste. La sieste est un bienfait économe et apparemment anodin. Elle ne coûte rien, n'impose pas de règle et n'exige pas de matériel. Elle est aussi simple à pratiquer que la marche. C'est son pendant. Une marche au repos. Pas à l'arrêt, celui-ci est tendu, momentané, incertain. Pas une halte non plus, trop longue. Une pause dans le tumulte du monde. Un retrait, en quelque sorte, pour poursuivre la divagation et de la pensée et de la marche, mais cette fois-ci, sans aucun effort, sans obligation. «Marcher c'est penser», disais-je. «Comme si de rien n'était», devrais-je ajouter, tant la marche se combine au vagabondage des idées, des pensées, des mises au point. Que de solutions trouvées lors d'une marche! Untel a dit cela, que faut-il répondre? Comment conclure cet article et quel titre lui donner? Tiens, je dois écrire à X, qui s'inquiète pour Y. Les préoccupations emmagasinées en vous depuis des jours et des jours ressortent là, pour que tranquillement, vous les examiniez, l'une après l'autre, en prenant le temps et avec la sérénité du promeneur. Et cela se vérifie également pour la marche à deux. Côte à côte, ou l'un devant l'autre, la parole surgit, virevolte, traîne un peu - surtout dans les côtes -, insiste, revient à la charge, se calme, se tait. Parfois, le geste anticipe le mot, vous prenez la main de votre compagnon de voyage, comme pour mieux assurer la communication entre vous et éviter les pertes et les parasites. La chaleur du corps de l'autre se diffuse en vous, vous vous rapprochez, les mots deviennent inutiles, vous vous comprenez. Et le paysage dans lequel vous baignez, délivre ses messages, ouvre ses perspectives, pointe l'horizon. Marcher est sans fin. Comme comprendre. Comme penser. Comme aimer. Les verbes «marcher», «comprendre», «penser», «aimer», pour ne pas dire «sentir» et «ressentir», «vibrer», «désirer», «rencontrer», appartiennent au vocabulaire du marcheur/siesteur, à ses temporalités, ses hésitations lors des croissements de chemins, ses avancées héroïques au pas décidé, ses cadences et ses repos. Souffle à reprendre? Oui, certainement, mais afin d'harmoniser ses cinq sens au quatre éléments du cosmos, en une opération sans aucune retenue, ni soustraction...
Thierry Paquot, philosophe, professeur à l'université de Paris XII (IUP) est l'auteur de L'art de la sieste (Zulma, 1998) et directeur du volume collectif, Le quotidien urbain. Essais sur les temps des villes (La découverte, 2001) et a publié récemment, Le toit, seuil du cosmos (Editions Alternatives, 2003)
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