dimanche 8 octobre 2017

Jeudi 5 octobre  La Universidad de la Vida 

Il existe des voyages étranges ....On clôt la porte de sa maison un matin sans savoir où l'on dormira le soir ni les trente autres nuits qui suivront. Pourtant on est certain qu'une porte s'ouvrira quelque part et qu'un lit vous accueillera ...il sera très probablement superposé mais suffisamment confortable pour vous permettre de marcher le jour suivant.

À Zaventem, trois couples de pèlerins flamands s'étonnaient d'une telle insouciance; leurs hôtels étaient réservés et leurs parcours quotidiens imprimés, plastifiés, reliés. Organisation germanique, improvisation latine...À chacun son Camino!

Pourtant, Une exception à la règle de l'imprévu et une surprise finale nous attendait ce jour de marche entre Laredo et Güemes., 29 km escompté et 32 à l'arrivée .

Départ du Couvent dans le crachin d'un jour qui hésite à se lever. Sur le paseo, entre dunes et plage immense sur la droite et enchaînement de villas puis de barres d'immeubles assez laids sur la gauche, nous hâtons le pas pour atteindre la pointe de sable où à 9h le premier petit bateau passeur descend sa rampe étroite et nous embarque pour traverser en dix minutes les trois cents mètres de la ria de Santoña . Nous évitons ainsi 20 km pour la contourner. 
Une dizaine de km de trottoirs rectilignes urbains puis le long d'une immense prison nous amènent  ensuite au pied d'une falaise rocheuse .La montée par un étroit sentier boueux dans les buissons d'ajoncs épineux  et de chênes kermès coriaces se révèle bien ardue mais permet de beaux points de vue sur la plage de Berria. La descente sera des plus périlleuses sur les rochers glissants . Un espagnol glisse devant nous et nous appelle à la prudence. Nous atterrissons enfin sains et saufs sur une plage immense bornée de tamaris. Là, nous ajoutons nos traces de pas aux milliers d'autres qui nous précèdent ...Midi déjà et encore 18 km pour atteindre "l'Albergue la plus emblématique du Camino del Norte "selon les guides, les compagnons, l'internet, le courrier des amis bretons...Si cela vaut le détour, on fera l'impasse sur le repas réparateur, la rotule qui dit zut dans les descentes, le petit café qui stimule...

Il semble nous attendre,à 17h30 , sur le pas de sa porte en haut de la colline le fameux Padre Ernesto, le patriarche de 80 ans aux cheveux et à la barbe chenue pour nous tendre la main, s'inquiéter en français de notre Chemin, questionner sur notre origine régionale belge. 
À 19h30, il rassemble comme chaque soir depuis 18 ans, sur les bancs d'une grande salle commune, les pèlerins venus du monde entier pour leur raconter son histoire et promouvoir de belles valeurs. En 1908, ses grands parents paysans, construisent la maison familiale pour y élever leurs 15 enfants grâce aux valeurs de tendresse, générosité et courage. Ses propres parents,avec leurs 5 enfants, fuient la Guerre civile et la misère en s'installant à Barcelone. Le jeune Ernesto appelé à devenir prêtre y suit une belle formation en théologie mais, nous dit-il, c'est comme Pasteur des pasteurs analphabètes Cantabriens, dans les Picos de Europa, qu'il entre à la Universidad de la vida. Il y découvre deux valeurs essentielles pour vivre et survivre: la solidarité et la force mentale. Plus tard, il prendra 27 mois d'année sabbatique au contact des paysans maghrébins et péruviens vivant à 5000m grâce à la solidarité et la force mentale. La marche l'amène à imaginer l'agrandissement de la ferme familiale et cela sans subsides , uniquement grâce à une collaboration matérielle et manuelle de bénévoles voisins, pour y accueillir jusqu'à 80 pèlerins par soir. Nous y étions 31 ce soir d'octobre dont 12 nationalités. Une petite chapelle œcuménique rassemble tous les symboles religieux et convictionnels pour exprimer l'esprit sans frontières de ce lieu fraternel. 
En 2016, 10000 pèlerins y logèrent et y laissèrent de beaux témoignages de reconnaissance au Padre et au Camino dans des dizaines de livres d'or...

L'improvisation laisse parfois bien des trésors  à apprécier ...

"Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?"


Marie-

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